Questions à Alain Hugon, historien

HUGQuelle relation entretenez-vous avec la BnF ? Depuis combien de temps y travaillez-vous?

J’ai mis du temps à venir sur le site de Tolbiac de la BnF puisqu’il m’a fallu, comme provincial, obtenir un moyen pour me loger sur Paris… Depuis 2004, néanmoins, j’essaie de travailler régulièrement sur ce site. Étant spécialisé en histoire du 17e siècle sur des espaces non francophones – Espagne et Italie méridionale – je trouve à la BnF de nombreux ouvrages indisponibles ailleurs – ou très difficilement consultables – et cela tout en disposant d’usuels et des revues d’histoire importants qui se trouvent en accès libre au Rez-de-jardin.

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Questions à Françoise Fromonot, architecte et critique

photo 4Dans quel contexte le projet architectural de la BnF a-t-il vu le jour ? Quelles ont été les conditions du concours ? Un programme cohérent a-t-il été élaboré ? Le cahier des charges, élaboré en partie avec des professionnels mais soumis à un contrôle politique fort de François Mitterrand était-il satisfaisant ?

La BNF est le dernier des grands projets mitterrandiens. L’époque – les années 1980 – était aux concours internationaux d’architecture ouverts, à deux phases et parfois même à trois, une procédure qui avait prévalu pour les interventions prestigieuses dont Mitterrand avait marqué son premier septennat. Le concours pour ce qu’on a longtemps appelé la Très Grande Bibliothèque, ou TGB – un acronyme dont l’euphonie avec TGV était censée faire de ce grand équipement culturel le pendant de la plus grande réussite technologique de l’Etat français en matière d’infrastructure – fut lancé en 1988, lors de la rituelle garden-party du 14 juillet, par le président fraîchement réélu.

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Questions à François Ruffin, éditeur et journaliste

_IGP4701François Ruffin est un journaliste critique spécialiste des médias et de l’économie politique. Il participe régulièrement au Monde Diplomatique et à l’émission radiophonique « Là-bas si j’y suis ». Rédacteur en chef du journal alternatif Fakir qu’il fonde en 1999, il ne cesse de chercher des solutions concrètes à la sinistrose sociale dans un style vivant. Nous l’avons croisé à la BNF alors qu’il préparait un dossier sur l’évolution du discours social et économique du Front National pour son journal. Entre deux recherches il a bien voulu s’entretenir avec nous.

La BnF est-elle un lieu public qui appartient à chacun, un outil collectif ? Est-elle démocratique ?

Je vais dire un truc qui ne va peut-être pas vous convenir pour démarrer : moi, le luxe du collectif, j'en ai le sentiment dans ma ville, à Amiens, par deux endroits : le premier, c'est la piscine municipale, piscine olympique avec son jacuzzi, son toboggan, son bain pour les bébés, etc., le genre d'endroits qu'on est incapable de se payer si jamais il n'y a pas d'impôts, de taxes ; le second, que je fréquente depuis tout gamin, c'est la bibliothèque municipale, beau lieu avec médiathèque. Tout un contenu auquel il me serait, seul, impossible d'accéder. Je ne suis pas issu d'une famille d'incultes : dans la mienne il y avait des livres mais en lisant les bouquins à la bibliothèque municipale, par ordre alphabétique (pour l'anecdote, je pensais à l'époque que pour être un auteur célèbre, il fallait être dans les premières lettres de l'alphabet car tous les auteurs que j'aimais bien se trouvaient jusqu'à la lettre C – Boudard, Camus, Cavanna, etc.), j'avais le sentiment d'un luxe qui n’est permis que grâce au collectif...

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Questions à Sophie Wahnich, historienne

IMGP1853NB3oPourquoi et comment travaillez-vous à la BnF ?

Je viens à la BnF pour consulter les livres spécialisés sur la période révolutionnaire française et surtout pour ses rayons en accès libre qui permettent de circuler dans des savoirs autres sans avoir d’idées a priori et de faire de vraies découvertes par association. Mais je pense qu'elle est en concurrence avec la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris qui a un fond révolutionnaire assez extraordinaire et beaucoup d’usuels en accès libre.

De mon point de vue la BnF a mis sur microfiches de trop nombreux ouvrages pourtant usuels comme le livre de Pierre Caron sur les massacres de septembre qui ne date que de 1935. Ainsi j’ai non seulement été surprise de ne pouvoir consulter ce livre en accès libre - et de fait, sur cet événement, l’offre est pour le moins réduite - mais encore plus surprise de ne pouvoir l’obtenir dans la matérialité du livre. Revenir aux rouleaux c’est quand même une régression, un livre de travail on doit pouvoir le feuilleter, pas le dérouler.

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Questions à Kevin Passmore, historien

IMGP0938pDepuis combien de temps venez-vous à la BnF ? Et pour quoi faire ?

Je viens à la Bibliothèque nationale depuis déjà 28 ans, surtout pendant les vacances universitaires. Depuis 1985, j’ai été témoin de très grands changements, de l’introduction des deux premiers terminaux informatiques au déménagement de Richelieu à Tolbiac, en passant par la numérisation des livres. Je suis historien de la France contemporaine, spécialiste de l’histoire de la droite et de l’extrême droite de la Troisième république à Vichy. Je viens à la BNF surtout pour faire de la recherche et pour écrire. Malgré les difficultés matérielles que l’on sait, la BNF reste un bon endroit où travailler, grâce, surtout, aux efforts du personnel de la bibliothèque dont les conditions de travail se détériorent. Il est important de noter aussi que pour un chercheur étranger, peut-être plus encore que pour un français, la BNF demeure un lieu d’échanges intellectuels. C’est un endroit où je peux discuter avec des collègues qu’autrement je n’aurais pas l’occasion de rencontrer. Il faut admettre cependant que l’architecture du bâtiment ne facilite pas les choses – difficile de discuter avec plus que deux autres personnes en même temps, pas d’internet hors les salles de lecture…

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Questions à Lionel Maurel, bibliothécaire

IMGP1219Lionel Maurel, vous êtes un acteur central dans l’engagement pour la défense et la promotion des biens communs, de la culture libre et du domaine public. Le blog que vous animez, S.I.Lex est non seulement une belle ligne franche contre la marchandisation et l’accaparement du bien public mais aussi un lieu de débat et d’échange indispensable. De la conviction à l’action, comment en êtes-vous arrivé là ?

C’est par le biais de mon métier de bibliothécaire que j’en suis venu à m’intéresser à la propriété intellectuelle, après avoir fait des études de droit public. Le droit d’auteur est un paramètre important dans l’activité des bibliothèques, qui influe sur leur capacité à diffuser la connaissance. C’était déjà le cas dans l’environnement physique, mais ça l’est de plus en plus avec l’essor du numérique. A cause de la durée du droit d’auteur et de la fermeture des exceptions, les marges de manœuvre offertes aux bibliothèques pour numériser leurs fonds ou mettre à disposition des ressources numériques sont étroites...

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Questions à Eric Hazan, éditeur et écrivain

IMGP0862Vous avez déclaré : « Il y a un vrai problème de largeur du vide […] on le voit très bien dans l’Est de Paris, du côté de la BNF ». De la « bibliothèque d’un genre nouveau » à la Bibliothèque nationale de France, de plus en plus paralysée par l’abaissement constant de ses moyens et de son effectif, la largeur du vide ne recouvre-t-elle pas la profondeur du sens ? Peut-on interpréter cela comme une inavouable volonté politique ?

Il y a dans l'architecture même de la BNF une volonté de mise à l'écart : à partir du sol commun à tous, il faut monter, et puis descendre par des chemins qui en imposent, qui sont faits pour impressionner. Tout est calculé pour que le bon peuple ne s'y sente pas chez lui. À comparer avec l'accès simple et direct à la bibliothèque de New York sur la 5e avenue...

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Questions à Francisco Roa Bastos, chercheur

Représentatnt des lecteurs Vous avez été élu récemment représentant des lecteurs du Rez-de-Jardin au Conseil d'administration de la BnF. Quelles sont les raisons qui vous ont incité à vous porter candidat à cette élection ?

D’abord une curiosité personnelle, je l’avoue. Je fréquente depuis bientôt sept ans la BnF (et plus particulièrement le « Rez-de-Jardin » du site de Tolbiac) quasiment tous les jours. J’y ai rédigé ma thèse (et ma femme la sienne !), j’y retrouve des amis qui ont fait de même ou qui sont en train de le faire...Bref, la BnF est devenue pour moi à la fois un outil de travail, et un lieu de vie. J’ai donc eu envie d’aller voir ce qui se passait « derrière » les banques de salle et dans les tours. Je trouve en effet qu’il est dommage qu’il n’y ait pas plus de contacts et d’échanges entre lecteurs et personnels, alors que nous travaillons tous au même endroit, avec un intérêt commun pour la BnF et ses missions, qui sont essentielles dans le paysage culturel et patrimonial français. Je voudrais, à mon niveau et dans la mesure de mes possibilités, contribuer à créer ce lien afin de promouvoir ensemble une vision ambitieuse de la BnF...

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